Dans les années quarante, on rencontrait encore dans le Perche des personnes qui parlaient entre eux dans une autre langue que le français, en Percheron.

Ce dialecte remonte au Moyen Age, au moment ou la langue d'oc se fragmente en de nombreux dialectes régionaux, tandis que dès le XIIe siècle, une langue fondée sur le dialecte de l'Ile-de-France devient la langue commune à tous. Le français s'impose progressivement à la population.

Au XVIe et XVIIe siècle, un certain nombre d'auteurs utiliseront les dialectes afin de marquer leur attachement aux traditions locales. Objet de curiosité au XVIIIe siècle, combattu par l'école de la IIIRépublique, le dialecte est de moins en moins parlé. Grâce à quelques érudits qui auront soin de compiler le vocabulaire, nous avons pour le Perche un véritable dictionnaire, un "parler percheron"

Quelques expressions percheronnes :

Couri l'guiâbe à la d'vallée : courir à toute vitesse, s'enfuir précipitamment
Avoir son olivier courant : avoir sa liberté d'action
Faire la vache à Colas : se trouver mal, s'évanouir
Avoir des sabiots à bascule : être ivre
Avoir les dents dans la fosse du cou : de quelqu'un qui mange très vite
Qui cussotte vivotte : qui va lentement va sûrement
Etre bin rencontré : avoir fait un heureux mariage
Quanqu'on verra les gorins hucher dans les mesliers : en parlant d'une chose qui n'arrivera jamais.

Les Gâs Peurch'rons de Charles Pitou

Frincs coumme ousier, bouns coumm'la creume,
Drets coumme eul z'âbre' eud noû taillis ;
Y n'ont point d'figur' eud careume
Ainsi qu'lè gâs dès oaût' pays.

Ein brin hérus, maîs doux quant' meume,
Peurtout z'y sont bin accueillis ;
Et v'là porquai qu'd'êt' eud Belleume
Oûtant què d'Longny j'm'orgueillis !

Et d'ça, c'est l'poummier qu'in est caouse,
Pisque sû nout' asprit morouse
Fieurit san biau bouquai vermei !

Et c'est bin itou l'jus d'la poumme
Qui coule dins noû veines coumme
Ein réyon d'ô prins oû soulei !

La nourriture à l'école de la Gaudaine en 1790
(Jean-Baptiste Flament - Le Messager de la Beauce et du Perche, 1875)

Il faut vous dire, lecteurs que maître Gallais donnait pension à huit garçons et six filles, vu l'éloignement de leur domicile.

Bouldor. - Mon p'pa, p'pa ?
M. Gallais. - Qu'y-a-t-il ?
Bouldor. - Mon assiette est fêlée, tout mon bouillon s'en va partout sur la table.
M. Gallais. - Mon fils, si vous mangiez proprement, pareille chose n'arriverait pas.
Bouldor. - Pisque j'vous dis qu'c'est mon assiette.
M. Gallais. - On vous en donnera une autre demain. Sustentez-vous tranquillement sans troubler le dîner.
Frénelle. - M'sieu, Parisien a pris mon grignot.
Parisien. - Pas vrai, allez M'sieu.
M. Gallais. - Parisien je te prie de rendre le croûton ou je te frappe de nouvelles rigueurs.
Parisien. - Quand qu'on vous dit qu'je me permets pas ça, c'est le citoyen Bouldor.

Bouldor. - Oh ! si n'on peut dire !...
Parisien à Frénelle. - Le v'là ton grignot mon gâs. Il l'avait su les genoux.
Frénelle. - Oh ! gâs d'menteux, va, y vient de m'le jiter d'ssus.
M. Gallais. - Je vous ai défendu de dire gars à chaque parole, des enfants bien élevés comme vous qui feront un jour l'orgueil de leur famille, doivent dire citoyen en non gars.
Tétloche. - Noute maître ?
M. Gallais. - Quoi ?
Tétloche. - La mère Cirasse n'ma douné que d'la couanne.
Parisien. - Moi j'naime pas l'cochon, j'veux du boeuf.
M. Gallais. - Ceci m'importe peu.
Tétloche. - J'le dirai à ma mère. E m'a pas mis icite pour manger d'la couanne de cochon.
M. Gallais. - On vous donnerait autre chose que ce serait de même.
Tétloche. - Je...
M. Gallais. - C'est bien, taisez-vous.
Tétloche. - Faut don que j'mourains d'faim icite ?
Parisien. - Oh ! du gras... C'est bon pour graisser mé souillers c'cochon-là... E pis gn'à pas d'sel.

Le repas et la conversation se poursuivent avec maître Gallais et ses pensionnaires...
(Texte extrait du "Perche à table", p. 14, Coll. "Présence du Perche",
Amis du Perche, 1992)

Les Amis du Perche

LE PARLER PERCHERON